Texte Libre

Morceaux de Vie
et
Petits Voyages dans le Grand Marché Humain du Virtuel
des Sites de Rencontres
Jeudi 30 avril 2009
Merci à tous mes lecteurs et à vous, qui m'avez encouragée et soutenue.

Comme vous l'avez deviné, si je termine par tome 1, ça veut dire qu'il y a une suite...  et encore beaucoup, beaucoup à raconter.

"Morceaux de vie et petits voyages dans le grand marché humain"  vont être publiés dans leur intégralité et je remercie l'éditeur qui me fait confiance (à compte d'éditeur).

Patientez quelques mois.


Marie
Par marie dorgeres
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Vendredi 2 janvier 2009
- Bon week-end, Marie.
- Bon week-end à toi, Paul.
- Salut, bon week-end.
- Bon week-end, Mathias.
- A lundi, Marie. Bon week-end.
- A lundi, Marielle. Passe un bon week-end.

Bon week-end.
Je hais cette expression. Je leur fais à tous un grand sourire avec mon masque de circonstance. Ils ne s'en aperçoivent pas. De toute façon ils ne me regardent même pas, pressés qu'ils sont de partir au plus vite.
Mais je les aime bien et ils ne peuvent pas savoir.

Paul se dépêche.
Il va passer chercher son fils chez la nounou qui va lui faire perdre quelques précieuses secondes en lui racontant les derniers ragots du coin et il va rentrer rapidement tondre sa pelouse qui a poussé trop vite cette semaine avec toute la pluie qui est tombée. Il a peur que ce soit trop humide mais demain, il est invité à un méchoui alors il n'aura pas le temps.

Mathias s'en va faire une virée en mot avec ses copains. Il part tout à l'heure, tout est déjà prêt.
Saint-Malo, normalement.
Ils espèrent retrouver des filles qu'ils connaissent là-bas.
Il connait des filles presque partout.
A presque trente ans, Mathias est encore célibataire mais c'est un Don Juan beau comme un dieu qui veut profiter de la vie. Pas fier pour autant. Je plaisante souvent avec lui.

Marielle emmène ses enfants chez ses beaux-parents pour les vacances de Pâques. Elle a encore quelques vêtements à repasser avant de terminer les valises. Deux semaines, il faut tout prévoir.

Je range mon bureau.
Les stylos, le stabilo, les trombones, l'agrafeuse, le blanco. Y'a plus rien qui traine. Les dossiers sont en ordre. Lundi, j'aurai celui-là à traiter en arrivant. Je le mets au-dessus de la pile. Je suis prête.
J'attends jusqu'au dernier moment pour éteindre mon ordinateur. On ne sait jamais. Un coup de fil de dernière minute. Je râle par principe mais je le prends.
Et puis, s'il y avait un mail. Je regarde un dernière fois. Pas ma boîte professionnelle, non. Ma boîte personnelle.
Mais non. C'est fini. On est vendredi soir. La semaine est terminée. Plus personne ne m'appellera. Plus personne ne m'écrira.
Ils sont tous partis depuis longtemps.

Je suis seule.
Je jette un dernier coup d'oeil autour de moi. J'enfile mon imper noir par-dessus ma veste et je tire sur les manches. J'attrappe mon sac à main sous mon bureau. Je l'ouvre machinalement et je cherche dans mon fourbi.
Je fais un arrêt aux toilettes, juste le temps de me redonner un coup d'éclat parce que je ne sors jamais sans cette précaution. Au cas où...
On ne sait jamais qui on peut rencontrer.

Les toilettes, c'est un peu sombre mais c'est le seul endroit où il y a un miroir.
Un peu de blush sur les joues atténué avec un kleenex, un peu de rouge à lèvres beige assorti à mon pull. Je me recoiffe avec les doigts. Je n'ai rien trouvé de mieux.
Demain, j'irai peut-être chez le coiffeur. Peut-être. Ca fait trois semaines que je dis ça et que je recule. Je ne sais pas pourquoi.

Y'a plus personne dans les couloirs. Ca résonne.
Comme tous les vendredis soirs, je suis encore la dernière à partir d'ici. Je vais passer saluer la gardienne qui aura certainement quelques catastrophes et quelques tourments à me raconter.
Elle est comme ça. C'est une femme adorable qui se couperait en quatre pour rendre service à tout le monde mais qui se plaint toujours. Je l'écouterai peut-être. Peut-être pas.
Et elle me dira comme les autres "bon week-end, Marie".

La gardienne me souhaite un bon week-end en râlant. Evidemment, moi aussi je lui souhaite un bon week-end.
- Ma pauvre, si vous saviez. Il va encore y'en avoir partout. Mon fils arrive ce soir avec sa copine et mon mari doit poser des étagères dans la chambre qu'on a refaite. Je voudrais déjà être à lundi. Vous savez pas ce que c'est, vous. Allez, bon week-end, Marie.
- Bon courage. A lundi, Lise.

La gardienne aime bien que je l'appelle par son prénom. Elle a l'impression d'être une intime. Moi, ça ne me dérange pas mais je la vouvoie. Un principe.
Comme d'habitude, elle dit qu'elle voudrait être à lundi. Et lundi, elle attendra le week-end.

Moi, je n'attends rien.
Je cherche ma clé de voiture que je trouverai après avoir retourné mon sac. C'est comme ça. J'aime bien avoir un tas de trucs dans mon sac, ça peut toujours servir. D'ailleurs, ça sert. Au bureau, c'est toujours vers moi qu'on vient pour un mal de tête, une haleine qui sent un peu trop le café avant une réunion ou un ongle cassé.

J'allume la radio.
"Et voici les infos du week-end. Bison Fûté voit orange sur les routes... Bon week-end à tous".
Je change de station.

Je quitte le parking.
- Eh ! Avance un peu. Tu dors?
- Bon, ça va!

Qu'est-ce qu'ils ont tous à s'énerver comme ça au volant ? Tout ça pour gagner cent mètres et même pas deux minutes à l'arrivée? C'est le week-end et ils s'énervent tous.
Moi, je rentre tranquillement. Personne ne m'attend.

Je passerais bien faire quelques courses à Carrefour.
Et puis non, pas un vendredi soir. Trop de monde. On ne peut pas avancer dans les allées. Des familles entières, des gosses qui piaillent et qui courent partout, des couples pas d'accord pour le repas du week-end, quelques amoureux aussi. Ceux-là, ils me fichent le bourdon.
Je vais faire un peu de shopping en ville avant de rentrer ?
Non, j'aurai tout le temps demain.
J'irais bien prendre un verre à une terrasse mais pas seule. Je téléphone à qui? Ce soir, je sais que personne ne sera disponible. Je chasse cette idée et je laisse mon portable là où il est, certainement au fond de mon sac. De toute façon, je suis déjà presque chez moi.

- Bonsoir. Ca vous fait six euros cinquante.
- Donnez-moi un euromillions en plus. On ne sait jamais. Un flash.
- Voilà, madame. Il est gagnant. Et bon week-end.
- Merci. Bon week-end.

Me voilà avec le fameux ticket espoir qui ira à la poubelle demain matin, le journal local que je vais parcourir en trois minutes, juste pour connaitre les potins du coin, le Point que j'ai acheté pour son dossier sur l'Education et un guide cuisine parce que j'aime bien cuisiner.
Mais je ne cuisinerai pas. Parce que je suis seule ce week-end.

- Une demie baguette s'il vous plait.
- Pas trop cuite, comme d'habitude. Quarante deux centimes. Merci. Bon week-end.
- Bon week-end.

Je rentre ma voiture. Il n'y a aucune raison pour que je ressorte ce soir. Je prends le courrier. Que de la pub.

- Bonsoir Marie, vous allez bien?
- Bonsoir Monsieur Louis. Oui, ça va. Et vous, la santé?
- Toujours un peu mal au dos mais c'est ça quand on est vieux. On part quelques jours chez nos enfants en Bretagne. Bon week-end.
- Bon week-end à vous aussi.
- Bonsoir Madame. Bon week-end. Nous, on va à Center Parcs.
- Bonsoir Julie. Bon week-end à toi. Amuse-toi bien.

Je jette un coup d'oeil machinal à mon répondeur qui ne clignote pas.
Je passe un jeans et mon pull favori. Celui du week-end.

Mon week-end commence.
Par marie dorgeres - Publié dans : société
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